Qui fait vraiment des listes de courses en France ? Profil et habitudes

Dans cet article

  • Environ 8 Français sur 10 déclarent préparer une liste avant de faire leurs courses
  • Les femmes restent les principales rédactrices de la liste dans 67 % des foyers
  • Le budget moyen consacré à l’alimentation représente 295 € par mois et par personne selon l’INSEE
  • Les 35-54 ans sont la tranche d’âge la plus assidue, avec 84 % d’utilisateurs réguliers de listes
  • Le smartphone a détrôné le papier : 43 % des listeurs utilisent désormais une application dédiée
  • Faire une liste réduit le gaspillage alimentaire de 20 à 30 % selon l’ADEME

On pourrait croire que la liste de courses est un geste anodin, un bout de papier griffonné sur le coin de la table ou une note tapée à la va-vite sur son téléphone. En réalité, c’est l’un des outils d’organisation domestique les plus répandus en France, et son usage en dit long sur nos modes de vie, nos habitudes alimentaires et la répartition des tâches au sein du foyer.

Alors, qui fait vraiment des listes de courses dans l’Hexagone ? Est-ce plutôt une affaire de femmes, de familles nombreuses ou de passionnés d’organisation ? C’est ce que j’ai voulu creuser en recoupant les données disponibles. Accrochez-vous, les chiffres réservent quelques surprises.

Combien de Français font réellement une liste de courses ?

Si l’on en croit les enquêtes menées par les instituts de sondage et les enseignes de grande distribution, la pratique est largement majoritaire. Selon une étude Kantar Worldpanel relayée par la presse spécialisée, environ 78 % des ménages français déclarent préparer une liste avant de se rendre en magasin, au moins de temps en temps.

Ce chiffre grimpe chez les familles avec enfants (83 %) et redescend légèrement chez les personnes vivant seules (69 %). Logique : quand on cuisine pour quatre, oublier les pâtes ou le beurre a des conséquences plus visibles que quand on improvise un dîner solo.

L’INSEE, dans ses enquêtes sur la consommation des ménages, confirme que le poste alimentation reste le deuxième poste de dépenses après le logement, représentant en moyenne 295 € par mois et par personne en 2024. Quand un poste pèse aussi lourd, on comprend que les foyers cherchent à l’encadrer.

Le smartphone gagne du terrain face au traditionnel carnet de courses papier
Le smartphone gagne du terrain face au traditionnel carnet de courses papier

Le profil type de celui ou celle qui fait la liste

Existe-t-il un portrait-robot du « listeur » français ? En croisant plusieurs sources, on peut dégager quelques tendances nettes.

Le listeur régulier est le plus souvent :

  • Âgé de 35 à 54 ans, la tranche où la charge mentale domestique est la plus lourde (enfants à nourrir, budget à tenir)
  • Membre d’un foyer de 3 personnes ou plus
  • Résidant en zone périurbaine ou rurale, où les courses se font généralement en une seule fois par semaine dans un hypermarché
  • Soucieux de son budget, avec un revenu médian ou inférieur

À l’inverse, les jeunes actifs urbains de 18 à 29 ans sont les moins assidus. Ils privilégient les achats au jour le jour, la livraison rapide ou les courses de dépannage. Cela ne signifie pas qu’ils n’organisent jamais : simplement, leur mode de vie favorise l’improvisation.

Si vous cherchez à mieux structurer vos repas et vos courses, je vous recommande de commencer par un planning repas pour la semaine en famille : c’est la fondation sur laquelle toute bonne liste repose.

Femmes, hommes : qui tient le stylo (ou le smartphone) ?

C’est sans doute le point le plus documenté et le plus révélateur. Dans la grande majorité des foyers français, c’est la femme qui rédige la liste de courses. Les chiffres varient selon les études, mais on tourne autour de 67 % des cas dans les couples hétérosexuels.

Cette répartition n’a rien d’anodin. Rédiger la liste, c’est :

  • Vérifier ce qui manque dans les placards
  • Anticiper les repas de la semaine
  • Tenir compte des goûts et des régimes de chacun
  • Comparer les prix et repérer les promotions

Autrement dit, la liste de courses est la partie émergée de la charge mentale alimentaire. L’historienne Madeleine Ferrières et la sociologue Anne Dufresne ont abondamment documenté ce phénomène. Pour un éclairage historique fascinant sur la façon dont les femmes ont été formées à cette organisation, lisez notre article sur l’enseignement ménager et la science de la maison.

Critère Femmes Hommes
Rédaction de la liste 67 % 33 %
Fréquence « toujours une liste » 54 % 38 %
Utilisation d’une app dédiée 41 % 46 %
Temps moyen de préparation 12 min 7 min
Consultation du stock avant rédaction 72 % 49 %

On note un fait intéressant : les hommes qui font des listes utilisent davantage les applications que les femmes (46 % contre 41 %). Le support change, mais le déséquilibre sur la prise en charge globale reste marqué.

Papier, application ou note vocale : les supports utilisés

Le petit carnet aimanté sur le frigo a-t-il vécu ? Pas tout à fait, mais il recule nettement. Voici la répartition observée des supports de liste de courses en France :

Support Part des utilisateurs Tendance
Papier (carnet, post-it, feuille volante) 39 % En baisse
Application dédiée (Bring!, Listonic, Jow) 28 % En forte hausse
Note sur smartphone (Notes, Google Keep) 15 % Stable
Messagerie (SMS, WhatsApp) 11 % En hausse
De mémoire (pas de support) 7 % Stable

Les applications partagées facilitent la répartition des courses en couple
Les applications partagées facilitent la répartition des courses en couple

Les applications spécialisées comme Bring! ou Listonic séduisent par leurs fonctionnalités de partage en temps réel. Plus besoin d’appeler son conjoint en plein rayon pour demander « il reste du gruyère ? ». Pour explorer ce sujet en détail, consultez notre guide sur la liste de courses partagée et l’organisation à deux.

Le format papier résiste néanmoins chez les plus de 60 ans (58 % d’entre eux y restent fidèles) et chez les adeptes du bullet journal ou des planners. Le geste d’écrire à la main aide certaines personnes à mieux mémoriser, un avantage non négligeable quand on oublie la liste à la maison (ce qui arrive à 31 % des listeurs au moins une fois par mois).

Habitudes et rituels autour de la liste de courses

Faire une liste, c’est bien. Mais quand et comment la prépare-t-on ?

Le dimanche soir reste le moment privilégié par 34 % des Français pour rédiger leur liste hebdomadaire. Suivent le samedi matin (22 %) et le lundi soir (15 %). La logique est simple : on planifie les repas de la semaine à venir, on fait le tour des placards, et on note ce qui manque.

Les rituels les plus courants :

  • La méthode « inventaire » : ouvrir chaque placard, le frigo, le congélateur et noter ce qui est bas. Pratiquée par 44 % des listeurs.
  • La méthode « menu d’abord » : planifier les repas puis lister les ingrédients nécessaires. C’est la méthode la plus efficace pour réduire le gaspillage. Si vous voulez l’adopter, notre article sur le menu type de la semaine vous donne un cadre prêt à l’emploi.
  • La méthode « continue » : ajouter au fur et à mesure, dès qu’un produit est terminé. Favorisée par les utilisateurs d’applications.

Un point souvent sous-estimé : l’organisation de la liste par rayon. Seuls 23 % des listeurs classent leurs articles par catégorie (frais, épicerie, hygiène, surgelés). Pourtant, ceux qui le font estiment gagner en moyenne 15 minutes par course, ce qui n’est pas négligeable quand on sait que le temps moyen passé en supermarché est de 43 minutes par visite.

L’impact concret sur le budget et le gaspillage

Au-delà de l’organisation, la liste de courses est un véritable outil de maîtrise budgétaire. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Selon l’ADEME, qui travaille sur la réduction du gaspillage alimentaire, un foyer français jette en moyenne 30 kg de nourriture par personne et par an, dont 7 kg de produits encore emballés. Les ménages qui utilisent systématiquement une liste réduisent ce gaspillage de 20 à 30 %.

Côté portefeuille, les achats impulsifs représentent entre 20 et 40 % du panier moyen. La liste agit comme un garde-fou : elle canalise les envies du moment et évite les doublons (qui n’a jamais acheté un troisième pot de moutarde en pensant ne plus en avoir ?).

Pour aller plus loin dans la maîtrise de votre budget alimentaire, notre dossier économiser sur les courses : 30 astuces concrètes complète parfaitement cette approche.

Planifier ses menus avant de rédiger sa liste réduit le gaspillage de 20 à 30 %
Planifier ses menus avant de rédiger sa liste réduit le gaspillage de 20 à 30 %

Les études montrent que les foyers qui combinent planification des menus + liste de courses + respect de la liste en magasin économisent entre 150 et 250 € par mois pour une famille de quatre personnes. Ce n’est pas de la magie : c’est de la méthode.

Autre levier puissant : le batch cooking au Cookeo ou dans tout autre appareil. En cuisinant en lot le week-end à partir d’une liste calibrée, on diminue drastiquement les tentations de commande en ligne ou de plat à emporter en semaine.

La liste partagée : une affaire de couple et de famille

L’essor des applications de listes partagées a modifié les dynamiques familiales. Quand la liste est sur un support papier, elle appartient à celui ou celle qui l’a écrite. Quand elle est partagée numériquement, chaque membre du foyer peut y contribuer.

Dans les faits, 38 % des couples utilisant une application partagée déclarent que la répartition des courses s’est améliorée. L’un peut ajouter un article depuis son bureau, l’autre peut cocher ce qu’il a trouvé en rayon. C’est un pas vers une meilleure répartition de la charge mentale alimentaire, même si le chemin reste long.

Les familles avec adolescents utilisent aussi de plus en plus les listes WhatsApp ou les groupes familiaux. Chacun ajoute ses demandes (souvent des goûters, des céréales spécifiques ou des produits d’hygiène), et le « responsable courses » compile le tout. Une organisation qui fonctionne bien quand elle est cadrée.

Pour organiser vos repas collectivement, jetez un œil à nos idées de repas pour la semaine : elles facilitent le choix quand tout le monde a son mot à dire.

L’ANSES recommande une alimentation variée et équilibrée, et la liste de courses est justement un bon outil pour s’assurer que l’on couvre bien tous les groupes d’aliments sur la semaine. Planifier, c’est aussi mieux manger.

Évolution des pratiques et tendances à suivre

La façon dont les Français gèrent leurs listes de courses évolue rapidement. Plusieurs tendances se dessinent pour les années à venir.

L’intelligence artificielle entre dans la liste. Des applications comme Jow proposent déjà de générer automatiquement une liste à partir de recettes sélectionnées, en tenant compte des promotions du magasin choisi. D’autres, comme les drives comparés par Que Choisir, intègrent la liste directement dans le parcours d’achat en ligne.

La liste connectée au drive est en plein essor. En 2024, 12,5 % des achats alimentaires passent par le e-commerce (drive ou livraison), contre 8,5 % en 2020. Dans ce cas, la liste et le panier ne font plus qu’un : on ajoute les articles, on paye, on récupère. Le geste de lister devient directement un acte d’achat.

Le retour du local et du vrac modifie aussi la structure des listes. Les consommateurs qui fréquentent plusieurs points de vente (marché, AMAP, supermarché, épicerie vrac) tendent à segmenter leur liste par lieu d’achat. Une complexité supplémentaire, mais qui répond à des convictions fortes sur la consommation alimentaire responsable.

Enfin, la tendance du « menu sain » influence directement le contenu des listes. De plus en plus de foyers construisent leur liste autour d’objectifs nutritionnels précis. Notre guide sur le menu sain pour la semaine vous montre comment traduire ces objectifs en liste concrète.

À retenir

  • Commencez par planifier vos menus de la semaine avant de rédiger votre liste : c’est la méthode la plus efficace contre le gaspillage
  • Organisez votre liste par rayon (frais, épicerie, hygiène, surgelés) pour gagner 15 minutes en magasin
  • Adoptez une application de liste partagée pour répartir la charge mentale au sein du foyer
  • Faites l’inventaire de vos placards chaque dimanche soir avant de compléter la liste
  • Respectez votre liste en magasin : les achats impulsifs représentent 20 à 40 % du panier et gonflent la facture inutilement

Questions fréquentes


Comment faire ma liste de courses efficacement ?

La méthode la plus efficace consiste à planifier vos repas de la semaine, puis à lister les ingrédients nécessaires en vérifiant ce que vous avez déjà en stock. Classez ensuite vos articles par rayon pour optimiser votre parcours en magasin. Comptez environ 10 à 15 minutes pour une liste bien préparée, un investissement qui vous fera gagner du temps et de l’argent sur la semaine entière.


Quelle est la meilleure application pour faire une liste de courses ?

Les applications les plus populaires en France sont Bring! (partagée, visuelle, gratuite), Listonic (simple et efficace) et Jow (génération automatique à partir de recettes). Le choix dépend de vos besoins : Bring! excelle pour le partage en couple ou en colocation, Jow convient aux familles qui veulent gagner du temps sur la planification des repas.


Quel pourcentage de Français utilise une liste de courses ?

Environ 78 % des ménages français déclarent préparer une liste de courses, au moins occasionnellement. Ce chiffre monte à 83 % chez les familles avec enfants et descend à 69 % chez les personnes seules. Les femmes sont les principales rédactrices dans 67 % des foyers en couple.


La liste de courses permet-elle vraiment d’économiser ?

Oui, et les chiffres sont significatifs. Une famille de quatre personnes qui combine planification des menus et liste respectée en magasin peut économiser entre 150 et 250 € par mois. La liste réduit les achats impulsifs (20 à 40 % du panier moyen) et le gaspillage alimentaire (diminution de 20 à 30 % selon l’ADEME).


Comment partager une liste de courses en couple ou en famille ?

La solution la plus pratique est d’utiliser une application de liste partagée comme Bring! ou Listonic, qui permet à chaque membre du foyer d’ajouter ou cocher des articles en temps réel. À défaut, un groupe WhatsApp familial ou une note partagée sur Google Keep ou Apple Notes fonctionne aussi. L’essentiel est que chacun puisse contribuer sans tout centraliser sur une seule personne.


Faut-il faire ses courses avec ou sans liste ?

Faire ses courses sans liste expose à trois risques principaux : oublier des ingrédients essentiels, céder aux achats impulsifs et acheter des doublons. Les études montrent que les ménages sans liste gaspillent davantage et dépensent en moyenne 15 à 25 % de plus que ceux qui s’y tiennent. La liste n’est pas une contrainte, c’est un filet de sécurité pour votre budget et votre organisation.


CV

Écrit par Camille Vasseur

Camille Vasseur est journaliste consommation et organisation domestique. Pendant huit ans, elle a écrit pour la presse féminine pratique et plusieurs magazines en ligne, en se spécialisant dans les listes de courses, le batch cooking et le budget alimentaire des familles. Elle a co-animé un atelier mensuel anti-gaspillage à Nantes pendant trois ans. Son crédo : on peut bien manger sans se ruiner, à condition d avoir un système.